L’Assemblée nationale, dans le cadre du débat sur la loi Pacte, a autorisé l’Etat à céder tout ou partie de son capital dans Aéroports de Paris, la Française des jeux et Engie. Voici l’impact qu’auront ces privatisations totales ou partielles à venir.

C’est l’une des mesures phare de la loi Pacte, le texte porté par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire : la possibilité pour l’Etat de vendre tout ou partie de son capital dans certaines grandes entreprises. Jeudi, les députés, qui débattent de ce projet de loi, ont donné leur feu vert à l’Etat pour privatiser totalement ou partiellement le groupe Aéroports de Paris (ADP) et la Française des Jeux (FDJ). Dans un troisième temps, l’Assemblée a autorisé l’exécutif à descendre au-dessous d’un tiers du capital d’Engie (l’ancien GDF-Suez). Ce qui permettra à l’Etat de récupérer 10 milliards d’euros, destinés à financer l’innovation et à réduire la dette publique.

« Choix stupide », « non-sens », « vision court-termiste » : les oppositions de droite comme de gauche ont vivement critiqué ces décisions, jugées « dogmatiques » et déraisonnables économiquement. « Nous voulons passer d’une logique de dividendes à une logique d’investissement dans l’avenir », avait répondu mercredi soir Bruno Le Maire, qui veut que l’Etat cesse de « se comporter en rentier ». Une chose est sûre : une fois le processus de ces privatisations, les trois grandes entreprises, leurs salariés mais aussi les usagers en ressentiront les conséquences.

Quelles conséquences pour les entreprises et leurs salariés?

La possibilité de privatiser ADP a donné lieu à un long débat parlementaire, complexe sur le plan technique. Il a fallu en effet réformer le cadre juridique d’ADP. Un amendement, déposé par le groupe communiste, a toutefois été adopté – notamment par la majorité, à la grande surprise de l’opposition de gauche – afin que « le transfert [d’actifs] n’emporte pas de conséquence sur le régime juridique applicable aux personnels ». Autrement écrit, les conditions de travail des salariés d’ADP ne changeront pas.

La privatisation peut-elle en revanche entraîner des licenciements? Selon un communiqué de la CGT, plus de 98% des salariés d’ADP s’opposent à la privatisation en raison de ce risque. Les deux principales plateformes de l’entreprise, les aéroports Roissy-Charles-de-Gaule et Orly, emploient à elles seules près de 9.000 personnes. Bruno Le Maire a toutefois assuré qu' »un cahier des charges strict et contraignant » accompagnera la cession d’actifs. Le ministre voit également ADP devenir « le leader mondial de l’aéroportuaire », ce qui, selon lui, aura des conséquences positives sur l’emploi.

Cette inquiétude, liées à l’emploi, vaut aussi pour la FDJ ou Engie. Au sein du groupe énergétique, les syndicats, de la CGT à Force ouvrière en passant par la CFDT, condamnent à l’unisson la privatisation partielle à venir. « Nous étions déjà largement privatisés, mais cette nouvelle étape pose de vraies questions sur l’avenir du service public du gaz », résumait en juin dernier dans Les Echos Eric Buttazzoni, coordinateur CGT. « Contrairement à la FDJ ou ADP, nous ne privatisons pas Engie : nous faisons simplement évoluer la loi pour libérer l’Etat d’une situation de contrainte », a répondu lors du débat parlementaire la co-rapporteure LREM Marie Lebec. Et Bruno Le Maire d’expliquer dans l’hémicycle : « Pour faire face au défi énergétique, Engie doit pouvoir se développer. Or, si un nouvel investisseur souhaite monter à son capital pour l’aider à grandir, la loi oblige l’Etat à suivre, donc remettre de l’argent public pour garder 33% des parts. C’est cette contrainte-là que nous voulons lever. » Un argument qui ne répond pas aux inquiétudes sur l’emploi.

Quelles conséquences pour les usagers?

Si la privatisation d’ADP ne devrait pas avoir de conséquences pour les usagers, celle de la FDJ inquiète, notamment le monde du sport, puisque ses recettes financent à hauteur de 80% le Centre national pour le développement du sport. La question de la sanctuarisation de ces financements est donc posée. Autre motif d’inquiétude : un développement excessif des jeux et une publicité agressive ce qui pourrait entraîner une hausse des addictions.

« La part de leur budget loisirs que les Français ont consacrée au jeu a augmenté, passant de 8,3% en l’an 2000 à 10% en 2015 », s’alarmait déjà le socialiste Régis Juanico et le Républicain Jacques Myard dans un rapport parlementaire publié en février 2017. Sur ce point, Bruno Le Maire a anticipé les critiques en annonçant la création d’une autorité indépendante pour mieux réguler le secteur des jeux d’argent. Cette autorité aura-t-elle toutefois le pouvoir d’interdire un jeu? En 2014, l’Etat avait par exemple fait pression pour mettre au fin à la commercialisation du « Rapido », le jeu alors le plus rentable de la FDJ mais aussi le plus addictif.

Concernant Engie, ce géant de l’énergie domine toujours le marché de distribution du gaz, même après l’ouverture à la concurrence du secteur. Pour l’opposition, un désengagement de l’Etat entraîne un risque d’augmentation du prix du gaz. « Il est important que la puissance publique garde la maîtrise sur ce secteur pour influer notamment sur le prix du gaz », a par exemple dénoncé l’Insoumis Alexis Corbière. En France, les consommateurs disposent toutefois d’un garde-fou : la commission de régulation de l’énergie vérifie que les hausses proposées par les distributeurs reflètent l’évolution des coûts de fonctionnement et peut engager, le cas échéant, une procédure de sanction.

Source : Le JDD

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