A l’approche de la mobilisation contre la hausse des prix à la pompe du 17 novembre, l’exécutif ne compte pas lever le pied, malgré les charges des oppositions sur le pouvoir d’achat et les doutes de certains élus LREM face aux remontées du terrain.

Diffusé sur Snapchat, le message ne fait pas dans la nuance : «Ils payent même pas d’essence, ils ont tous des chauffeurs gratuits et ils nous mettent le litre à 1 euro 60. Partagez, on va voir […] si on est vraiment des moutons ou s’il y a moyen de se faire respecter.» Comme d’autres harangues anonymes sur les réseaux sociaux, l’appel invite les automobilistes à protester le 17 novembre contre la hausse de la fiscalité des carburants. Dans leur mire : le gouvernement, dont le projet de budget 2019 ajoute, au renchérissement «spontané» du pétrole, une hausse des taxes sur l’essence et le diesel.

Voilà deux semaines que l’exécutif assume une inconfortable fermeté. Pas question de revenir sur l’augmentation de la contribution climat énergie prévue par le projet de budget pour 2019 : 6,5 centimes par litre pour le diesel, et 2,9 centimes pour l’essence. La hausse s’inscrit dans une «trajectoire» adoptée en 2014 et accentuée en 2017 par la nouvelle majorité. La fiscalité des carburants continuera à augmenter jusqu’en 2022, pour faire converger les prix du diesel et de l’essence, et soutenir les véhicules les moins polluants.

Le chef de l’Etat fera cette semaine un périple dans l’est et le nord de la France pour célébrer le centenaire de la fin de la guerre de 14-18. Il croisera aussi des Français mécontents, échaudés par la hausse des prix du diesel.

Pour l’heure, le gilet jaune reste posé sur le tableau de bord. Mais combien seront-ils à l’enfiler, derrière leur volant, le 17 novembre pour bloquer routes et autoroutes du pays ?

Objectif : protester contre la hausse des carburants, qui ont grimpé de 23 % pour le diesel et 15 % pour l’essence depuis un an. Après les « bonnets rouges » qui firent chuter l’Ecotaxe en 2013, le mouvement des « gilets jaunes » fera-t-il vaciller le volontarisme écologique du gouvernement ? Dans le Jura en fin de semaine, le Puy-de-Dôme samedi, à Charleville-Mézières ce dimanche, des opérations escargots « tests » ont déjà été lancées par des automobilistes en colère.

Tout aussi significatif, et alarmant pour le gouvernement, le succès des pétitions en ligne et la propagation virale, avec plus de 5 millions de « vues », du « coup de gueule » posté en vidéo par une habitante de Bretagne. Alarmant, parce qu’il n’y a rien de plus imprévisible pour un pouvoir qu’un mouvement né spontanément de la société civile, telles les jacqueries d’antan.

Certes, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux relève à raison l’instrumentalisation au moins partielle par les partis d’opposition, en l’occurrence le Rassemblement national de Marine Le Pen et le petit parti de Nicolas Dupont-Aignan, de cette poussée de fièvre. On sent déjà que LR, avec son numéro 3 Guillaume Peltier, veut rentrer dans la partie en proposant un chèque carburant, tout comme l’écolo Yannick Jadot.

Macron « assume parfaitement » la hausse de la fiscalité

Le message d’alerte est en tout cas suffisamment pris au sérieux pour que la secrétaire d’Etat à la transition écologique, Emmanuelle Wargon, ait habilement choisi ce dimanche soir de répondre à la Bretonne en colère, la désormais fameuse Jacline Mouraud, elle aussi par voie de vidéo postée sur Twitter pour rassurer : « il n’y a aucun complot contre la voiture ».

A l’évidence, il y a danger. D’autant que cette semaine, le chef de l’Etat a prévu de renouer avec les Français, en Lorraine, dans les Ardennes ou le Pas-de-Calais, sur les hauts lieux de la Première Guerre mondiale – dont on célébrera dimanche le centenaire de l’armistice. Il passera mardi à Reims, où il trouvera des chefs d’entreprise locaux du secteur des Travaux publics inquiets pour leur activité et – au moins pour deux d’entre eux – déterminés à manifester le 17 novembre.

Pour l’instant, Emmanuel Macron « assume parfaitement », dit-il dans la presse régionale de l’Est, la hausse de la fiscalité « verte » sur les carburants. Le pouvoir sait que les Français sont partagés, inquiets pour leur pouvoir d’achat d’un côté, exigeants sur la lutte contre la pollution de l’autre. Il espère pouvoir camper sur cette ligne de crête. Beaucoup de choses vont encore se passer d’ici au 17 novembre…

Source : Le Parisien

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