Alors que, durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron dénonçait les allers et retours des hauts fonctionnaires entre le public et le privé, le gouvernement s’apprête à les rendre plus attractifs encore…

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron n’avait pas de mots assez durs contre les « revolving doors », les allers et retours des hauts fonctionnaires entre le secteur public et le privé. « L’appartenance à un corps, le droit au retour, écrivait le candidat, début 2017, dans ‘Révolution’, sont des protections hors du temps qui ne correspondent plus ni à l’époque, ni aux pratiques du reste de la société. » Pourtant, 18 mois plus tard, il s’apprête à renforcer ces dites « protections hors du temps »…

Le gouvernement va en effet prendre un décret qui favorise, oui favorise, le « pantouflage » et le « rétro-pantouflage » des agents de l’Etat – donc avant tout des hauts fonctionnaires qui, proportionnellement, sont, et de loin, les plus susceptibles de tenter leur chance dans le privé puis, si ça n’a pas marché, de revenir dans le secteur public.

Tout a commencé cet été par un étrange article dans la loi sur « la liberté de choisir son avenir professionnel », un article qui n’avait rien à voir avec le reste du texte. Au point que certains ont considéré qu’il s’agissait là d’un « cavalier législatif », autrement dit une disposition rajoutée en catimini dans un ensemble très différent dans le but qu’elle passe inaperçue.

L’article en question disposait que tout fonctionnaire parti dans le secteur privé – et donc mis en disponibilité – bénéficierait pendant cinq ans maximum d’un avancement de sa carrière et d’une progression de ses droits à la retraite, alors que jusqu’à présent ceux-ci étaient gelés.

Restait le décret d’application de cette disposition pour connaître les détails de cet avantage considérable accordé aux fonctionnaires, et plus particulièrement aux membres des grands corps de l’Etat qui pourraient ainsi passer, par exemple, de maître des requêtes à conseiller d’Etat tout en restant cadre supérieur dans un grand groupe privé puis revenir au Palais dans leur nouveau statut plus favorable avec le salaire augmenté correspondant.

Certains avaient espéré que, comprenant à quel point une telle disposition ultra-protectrice pourrait choquer les Français s’ils en étaient informés, Emmanuel Macron ferait traîner la publication de ce décret afin d’enterrer le texte.

Pousser les fonctionnaires vers le privé… et les faire revenir

Il n’en est rien. Selon le site Acteurs Publics, le projet de décret est prêt, le gouvernement le présente même ce 5 novembre aux partenaires sociaux. Et non seulement il ne revient pas en arrière, mais il facilite plus que prévu le « pantouflage » et le « rétro-pantouflage ».

Outre la progression de la carrière et des droits à la retraite, il dispose, par exemple, que la disponibilité pour convenances personnelles (c’est le statut d’un haut fonctionnaire embauché dans une société privée) peut durer non plus trois ans renouvelables mais cinq !

Les ministres assurent que ces dispositions ont pour but de permettre de réduire en douceur le nombre de fonctionnaires, de tous les fonctionnaires, en leur permettant de rejoindre le privé sans prendre trop de risque.

Seulement voilà, si les infirmières, les policiers ou les professeurs qui décident de tenter leur chance hors du secteur public forment une infime minorité, on sait qu’un inspecteur des Finances sur deux (oui, un sur deux) fait tout ou partie de sa carrière dans le privé (dont un tiers dans la banque), et que plus d’un conseiller d’Etat sur dix est dans ce cas.

S’il ne leur est destiné, ce décret leur est particulièrement favorable. On rappellera que le président de la République et le Premier ministre, tous deux issus des grands corps de l’Etat, ont, l’un comme l’autre, bénéficié de ce système de « revolving doors ». Ceci explique-t-il cela ?

Source : L’Obs

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