Après sa rentrée calamiteuse, Emmanuel Macron réduit encore son cercle de confiance.

C’est un geste d’orgueil politique qui pourrait prêter à sourire. Le MoDem a décidé de présenter lui aussi un candidat à la présidence de l’Assemblée nationale. La rébellion n’est pas totale.

A la différence des Républicains, des Insoumis et des socialistes, les alliés centristes d’Emmanuel Macron n’ont pas choisi une candidate, évitant ainsi de souligner la contradiction terrible du chef de l’Etat qui porte au Perchoir son ami, son proche, celui « qui n’est pas une dame », Richard Ferrand, enterrant ainsi sa promesse de « nouveaux visages et de nouveaux usages ».

L’arithmétique est têtue : Marc Fesneau, actuel président d’un groupe MoDem à l’Assemblée composé de 47 membres, n’a aucune chance de l’emporter. Mais cet acte marque une rupture dans la relation dominant-dominé entamée depuis un an par Emmanuel Macron et François Bayrou.

Désormais, et c’est nouveau, au MoDem on clame son agacement à haute voix. « Vous avez raison, depuis un an on se fout de votre gueule », a reconnu un marcheur devant Jean-Louis Bourlanges.

C’est ce député expérimenté, longtemps élu au parlement européen, qui a enfin frappé du poing sur la table en expédiant ce lundi 10 septembre un communiqué dévastateur recensant les nombreuses offenses faites aux centristes.

L’absence de concertation pour la présidence de l’Assemblée certes, mais aussi « la participation totalement marginale » au gouvernement Edouard Philippe II, après le départ de François Bayrou, de Marielle de Sarnez et de Sylvie Goulard, l’interdiction pour les députés membres et apparentés du groupe LREM de signer des amendements ou propositions de loi issus d’un autre groupe parlementaire, et donc également du MoDem…

Il aurait pu ajouter la trop faible dose de proportionnelle arrachée par François Bayrou à Emmanuel Macron, le mirage du tournant social…

Le cri de l’allié n’a pas déclenché la moindre réaction chez le chef de la majorité, Edouard Philippe, qui s’exprimait mardi devant les députés LREM, preuve qu’à aucun moment l’exécutif ne se désole de voir ainsi les centristes en émoi. « Emmanuel Macron a une majorité réduite à une seul parti, et ce parti est réduit à être une courroie de transmission », regrette Bourlanges qui pourra peut-être se consoler en constatant qu’au-delà du sort réservé au MoDem, cette rentrée est placée plus largement sous le signe du recroquevillement.

Un camarade de promo promu à l’Elysée

Ainsi l’Elysée se place-t-il en position fœtale. La communication repasse, comme pendant la campagne présidentielle, sous le contrôle de Sylvain Fort qui avait été bombardé entretemps grande plume du président.

Exit Bruno Roger-Petit du porte-parolat. Si l’ancien journaliste avait certainement énormément de défauts, le plus mortel en macronie était de n’avoir pas fait partie du premier cercle des croyants et vécu de l’intérieur les premières heures de l’épopée Macron.

Il n’était pas du clan. Comme si en se resserrant sur l’équipe de campagne, on pouvait encore effacer les déboires des derniers mois et revenir à la période riante de gestation du macronisme, quand Alexandre Benalla était considéré comme un bon professionnel de la sécurité et que la « disruption » d’un ancien ministre de l’Economie, autre version du dégagisme de Jean-Luc Mélenchon, ringardisait l’ensemble du personnel politique.

Pour réformer, pardon transformer le fonctionnement de l’Elysée, Emmanuel Macron a demandé à trois consultants d’écumer les couloirs du Palais, a révélé le Monde. Un directeur général des services a été nommé et prendra ses fonctions lundi 17 septembre.

Enfin un peu d’air frais ! Las, l’énarque Jérôme Rivoisy, jusqu’alors directeur adjoint de Pôle emploi, a été choisi dans un vivier décidément inépuisable : la promotion Senghor de l’ENA, celle du président de la République. Comme si Emmanuel Macron se refusait obstinément à élargir son cercle de confiance.

Entre l’Elysée et le Perchoir, les relations seront certes fluides. Le grognard Richard Ferrand appliquera sans états d’âme les consignes venues du château. Mais l’élection du député breton demeurera comme le symbole de cette présidence rétrécie.

Source : Marianne

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