Sur les six premiers mois de 2018, les 33 sociétés sur 40 ayant publié leurs résultats ont accumulé plus de 43,5 milliards d’euros de bénéfices, soit 500 millions de plus qu’en 2017. Pour dégager du cash, les dirigeants n’ont pas hésité à tailler dans l’investissement et à imposer des sacrifices à leurs employés, gel des salaires et suppressions de postes.

Malgré les conditions négatives qui pèsent sur la croissance mondiale, choc pétrolier, tensions commerciales, les sociétés du CAC 40 ont une fois de plus réussi à dégager de substantiels profits. Sur le premier semestre de l’année, les 33 multinationales sur 40 ayant publié leurs résultats ont engrangé plus de 43,5 milliards d’euros de bénéfices, soit 500 millions de plus que l’an dernier. Après les millésimes exceptionnels en 2016 et 2017, où le résultat net avait bondi de respectivement 21,6 % et 32,6 %, en passant de 55 milliards d’euros en 2015 à 76 milliards en 2016 pour atteindre 93 milliards l’an dernier, les quarante poursuivent leur ascension vers les sommets d’avant-crise, lorsqu’elles flirtaient avec les cent milliards d’euros de profits, mais à un rythme moins soutenu. À l’image de la croissance mondiale qui, selon les dernières prévisions de croissance de l’OCDE, marque une légère inflexion à 3,8 % en 2018 et 3,9 % en 2019.

Cet environnement a, jusqu’à présent, permis le maintien d’une bonne dynamique de profits pour les entreprises. En tête, Total a su tirer parti de la montée du prix du pétrole pour faire flamber ses résultats. Avec un bénéfice de 5,4 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année, soit 30 % de plus que l’an dernier, le groupe pétrolier retrouve un niveau d’avant l’effondrement des cours de pétrole, à l’été 2014. BNP Paribas, malgré une chute de 7,7 % de son résultat semestriel, frôle les 4 milliards d’euros. Une récolte meilleure qu’attendu. Viennent ensuite le spécialiste du luxe LVMH (3 milliards d’euros de bénéfices), l’assureur Axa (2,8 milliards d’euros) et le sidérurgiste ArcelorMittal (2,5 milliards).

Dans l’ensemble, près des deux tiers des groupes ont enregistré une hausse de leurs résultats. La plus forte progression revient à l’hôtelier AccorHotels, dont les profits, dopés par la cession de son pôle immobilier AccorInvest, ont explosé, à 2,2 milliards d’euros contre 77 millions d’euros un an auparavant. À l’autre extrémité, la plus forte dégringolade est signée par le groupe Carrefour, seul à présenter, sur les six premiers mois de l’année, une perte de 861 millions d’euros. Les 520 millions d’euros de baisse de « coûts » sur le semestre, sur les 2 milliards d’euros prévus d’ici à 2020, ont permis d’amortir la chute. Les marchés ont donc été rassurés, d’autant que d’autres « économies » sont en prévision avec la sortie des 273 magasins ex-Dia du réseau, qui sera achevée fin juillet, et le plan de départs volontaires en interne (2 400 postes) que Carrefour espère conclure en fin d’année.

Si les résultats semblent mitigés dans les différents secteurs, « il n’y a pas de mauvaises surprises, sauf quelques cas isolés. Les perspectives pour 2018 sont maintenues, voire augmentées dans l’ensemble », note un analyste financier. À ce titre, PSA fait figure d’exemple. Avec un bénéfice record de 1,4 milliard d’euros en hausse de 18 %, le marché n’a pas boudé son plaisir. L’action s’est envolée de près de 15 % après la publication des comptes.

Pour le reste de l’année, les patrons du CAC 40 ne semblent pas soucieux, même s’ils affichent une certaine prudence. Si le front européen a connu une accalmie avec le sommet de fin juin, le conflit commercial initié par les États-Unis a redoublé d’intensité et fait peser une chape de plomb sur les Bourses mondiales. Les menaces protectionnistes se sont multipliées. La tendance pourrait donc se retourner. Sans compter que le magot dégagé par les multinationales françaises pourrait avoir atteint un pic. Or, pour dégager du cash, les dirigeants n’ont reculé devant aucun sacrifice imposé à leurs employés. Gel des salaires, suppression de postes : comme un peu partout dans le monde, les réformes qui visent à flexibiliser le travail sont mises en place au pas de charge pour garantir la rentabilité des entreprises souhaitée par les marchés. En France, les ordonnances Macron n’ont pas dérogé à la règle. PSA a même été le meilleur VRP de ces mesures parmi les groupes de l’indice phare.

Une situation financière éclatante

Pour accumuler toujours plus de richesses, les directions n’hésitent pas à rogner sur les investissements. L’étude Ricol Lasteyrie-EY dressant le « profil financier du CAC 40 », publiée le 25 juin, montre qu’en effet, si les groupes ont augmenté leur chiffre d’affaires et amélioré leur rentabilité pour afficher une situation financière éclatante, en revanche, ils n’ont pas hésité à tailler dans l’investissement. Ce dernier a reculé de 12 milliards d’euros, s’affichant à 69 milliards, hors secteur des banques et assurances. Son plus bas niveau depuis la création de ce baromètre, il y a douze ans. Une baisse économiquement absurde, alors que l’endettement net des groupes du CAC 40 a diminué pour la sixième année consécutive pour atteindre son niveau plancher depuis 2006, leur dégageant ainsi des marges de manœuvre au moment où la politique monétaire est des plus favorables pour investir. N’en déplaise au président de la République, qui s’apprête l’an prochain à transformer en baisse de cotisations sociales pérennes l’enveloppe de 20 milliards d’euros du crédit d’impôt compétitivité-emploi (Cice), et l’a même amplifiée sur les très bas salaires, ces « aides » servent avant tout à engraisser les actionnaires plutôt qu’à créer de l’emploi.

Source : L’Humanité

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