Profitez bien de votre glace banane chocolat sur votre transat, ça ne va pas durer. Cet été, 20 Minutes se penche sur la collapsologie, l’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle. Les indices de la crise écologique majeure qu’on s’apprête à vivre sont déjà visibles : bouleversements climatiques, effondrement de la biodiversité, crise économique, crise migratoire…

L’homme fonce dans un mur qu’il refuse de voir et s’il ne change pas radicalement sa manière de vivre, il ne s’en sortira pas. C’est l’analyse des tenants de la théorie de l’effondrement que le journaliste Clément Montfort a rencontrés pour sa Web-série Next. Il nous raconte comment il s’est intéressé à ce sujet et comment continuer à vivre quand on pense que le monde, tel qu’on le connaît, touche à sa fin.

Comment vous êtes-vous intéressé à la collapsologie ?

Next est mon troisième projet sur l’écologie. J’avais réalisé La guerre des graines, pour France 5, sur l’effondrement de la biodiversité dans les graines. En 100 ans, on a perdu les trois quarts de la biodiversité semencière, ce qui met directement en péril notre sécurité alimentaire. Ensuite, j’ai fait Soigneurs de terre pour France 2 sur l’effondrement de la qualité des sols. En 60 ans, on a perdu 50 % de la matière organique. Depuis plusieurs années, j’avais un contact étroit avec la question de l’effondrement de la biodiversité et de la vie des sols. Je suis arrivé à la question plus générale de l’effondrement il y a deux ans. Le livre Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens (les deux créateurs du concept de collapsologie) a été le déclencheur de la série. Il m’a ouvert les yeux sur la dimension interconnectée du problème. Ce qui était nouveau pour moi, c’est comment on fait pour vivre avec ça.

« Si on ne prend pas en compte la réception, soit les gens vont arrêter de s’informer, soit ils auront envie de se pendre. »

Comment vit-on au quotidien avec la certitude que le monde va s’effondrer ?

Je ne le cache pas, après avoir fait deux films sur l’environnement, j’étais très affecté. J’ai traversé une période de dépression. Je me suis dit : « On n’est pas des machines et on ne s’intéresse qu’aux chiffres, aux faits, aux pourcentages, mais à quel moment on s’intéresse aux gens qui souffrent de ça ? » C’est un changement de posture qui est indispensable pour accompagner les gens. Si on ne prend pas en compte la réception, soit les gens vont arrêter de s’informer, soit ils auront envie de se pendre. Les verrouillages culturels qui empêchent de parler de ce sujet existent dans les médias grand public, donc j’ai quitté la télévision. J’ai décidé de garder mon énergie pour faire la série sur Internet. Et justement, j’ai fait une vidéo pour clôturer la saison 1. Quatre fois cette année, Edouard Philippe a fait part de son inquiétude pour un effondrement de notre civilisation. Dans cette vidéo, j’interpelle le président de la République. Je dis, en gros : « Votre Premier ministre s’inquiète d’un effondrement de la biodiversité et même de notre civilisation dans les années qui viennent. Qu’est-ce que vous avez prévu ? »

Quand on écoute les collapsologues, on a l’impression qu’il n’y a plus rien à faire. Que peut faire Emmanuel Macron pour éviter le mur ?

Si tu prends un élastique et que tu tires, il paraît évident qu’au bout d’un moment, il va claquer. La seule solution, c’est d’arrêter de tirer. C’est la même situation avec la planète. La croissance infinie dans une planète aux ressources finies, ça claque à un moment donné. La seule solution serait d’arrêter cette logique de la croissance, c’est du bon sens. La question, c’est : comment faire pour que toute l’humanité n’y passe pas pendant que ça claque. S’arranger pour qu’il y ait le moins de morts possible et que ce soit le moins inhumain possible, ça me préoccupe beaucoup.

Par quelles émotions êtes-vous passé tout le long du tournage de votre série ?

J’ai vécu les émotions avant la série. C’est pour ça que j’ai choisi cet angle pour réaliser Next. Je voulais me préoccuper des gens. Pendant mon second film, il y a trois ans, j’ai passé une heure au téléphone avec un scientifique de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Il m’expliquait qu’ils stockaient des échantillons de terre depuis 100 ans à l’INRA et qu’ils constataient une dégradation massive de la vie des sols. Il m’explique que les sols sont en train de mourir. A la fin de l’interview, j’avais besoin de me changer les idées. Je mets de la musique et je me suis mis à pleurer. Ça a duré cinq minutes, une tristesse profonde. Il y a un truc que je n’avais pas pris en compte : travailler sur l’écologie me bouffait de l’intérieur. En fait, on travaille sur la mort, sur la destruction.

« Partir à la campagne, élever des chèvres et faire de la permaculture, ça ne fait pas rêver tout le monde. »

Votre documentaire aborde la question des enfants. Pourquoi décide-t-on d’en faire si on pense que l’humanité est foutue ?

Chacun a sa réponse. Je n’ai pas encore d’enfant, mais j’ai envie d’en avoir pour les faire grandir avec des valeurs d’entraide. On va avoir besoin de gens qui s’entraident, d’empathie, de compassion… Aussi parce que les enfants posent les meilleures questions du monde. Il n’y a rien de plus subversif. Ils sont très sensibles à ce qui se passe.

Qu’avez-vous changé dans votre manière de vivre ? Dans votre web-doc, l’un de vos intervenants ne semble pas avoir changé son mode de vie, c’est étonnant non ?
Il n’y a pas besoin d’habiter dans une yourte pour être lucide. Partir à la campagne, élever des chèvres et faire de la permaculture, ça ne fait pas rêver tout le monde. Moi le premier. J’aime la ville pour toutes les interactions qui sont possibles. Ce n’est peut-être pas le meilleur endroit en cas d’effondrement, c’est clair.

Concrètement, avez-vous transformé vos habitudes ?

J’ai changé des détails. Je mange moins de viande, mais je n’ai pas l’illusion que ça va changer quoi que ce soit. Par contre, j’essaie d’apprendre à gérer les conflits avec les gens, de parler à mes voisins. Quand (et si) ça va se produire, on devra gérer la situation avec les gens qui nous entourent. Plus on est habitué à parler avec des inconnus, à gérer des situations avec les autres, plus on aura la capacité de nous en sortir. Pablo Servigne dit dans un article que les individualistes crèveront les premiers. Si on fait des stocks de bouffe et qu’on n’organise rien avec notre entourage, on va tenir trois semaines de plus mais ça ne changera pas la situation. Il faut jouer collectif.


« Je n’ai pas envie de renoncer au confort d’un appartement avec des vitres à double vitrage, à Internet… »

Parvenez-vous à partir en vacances, à profiter ?

Il m’est difficile de passer du temps avec des gens qui décident d’ignorer tout ça. Mais, il faut continuer à vivre, si on le fait en conscience des impacts de nos choix, tant mieux. Personnellement, je consomme moins. Je ne le fais pas pour donner l’exemple ni en pensant que ça va changer quoi que ce soit. J’essaie de faire attention, effectivement de manger moins de viande, mais surtout je mets toute mon énergie à essayer de sensibiliser sur la préparation à ce qui nous attend.

Faudrait-il vivre comme les zadistes pour éviter le mur ?

Les zadistes sont précurseurs de nombreuses luttes à mener. Je pense qu’il ne fallait pas les réprimer comme l’ont fait le gouvernement et les médias, mais, personnellement, je n’ai pas envie de vivre comme un zadiste. C’est extraordinaire d’être proche de la nature, et en même temps je n’ai pas envie de renoncer au confort d’un appartement avec des vitres à double vitrage en hiver, à Internet… On nous a mis dans une culture du jetable et c’est relativement nouveau. Il y a un documentaire d’Arte qui l’explique. En 1900, on fabriquait des ampoules qui duraient plus de 100 ans. C’était un choix industriel de mettre des alliages de matériaux pour que les produits durent moins longtemps, pour en vendre plus. Donc il suffit de faire ces choix dans l’autre sens.

Ne doutez-vous jamais de l’issue ?

L’élastique est déjà en train de claquer. Pour imaginer le futur, il faut regarder le présent. C’est facile d’imaginer des voitures électriques, des voitures volantes​… Mais c’est plus compliqué de l’imaginer quand on pense aux ressources et qu’on voit que le carnet de commandes de Tesla pour ses voitures électriques épuise toutes les réserves de lithium. En fait, ce n’est pas possible.

Source : 20 minutes

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