Après l’échec de sa réforme visant à transférer les arrêts maladie à la charge des entreprises pour plus de contrôle des salariés, le gouvernement repart à la charge.

Alors que la souffrance au travail est en hausse, la macronie veut contraindre les salariés à rester en poste en augmentant la surveillance par le biais de l’Assurance Maladie et des médecins. Cela passera par la numérisation des arrêts de travail et le remplacement des arrêts complets par des arrêts partiels.

Fliquer les salariés pour réduire le nombre d’arrêts de travail

Alors qu’en juin 2018 les chiffres de l’Assurance Maladie témoignaient d’une importe hausse des arrêts maladie, le gouvernement cherche depuis à en limiter les attributions. En janvier, un nouveau dispositif de la sécurité sociale permettait à la CPAM de divulguer aux entreprises les causes des arrêts maladie.

Une mesure qui comportait de nombreux dangers pour l’emploi des salariés et qui constituait une brèche importante dans le « secret médical ». En effet, annoncer aux patrons que tel salarié est en burnout ou a des troubles musculo-squelettiques, a fortiori dans les entreprises où la pression est la plus forte, met en sursis l’emploi de la personne concernée. Suite à une levée de bouclier des patrons qui y voyaient une perte à court terme, le gouvernement avait dû faire machine arrière.

Il avait alors lancé une consultation à l’adresse des chefs d’entreprise pour avoir leur avis quant à la méthode à appliquer pour réduire le nombre de « défaillances ». Suite à celle-ci et aux réponses qui lui ont été faite, l’exécutif a déposé un amendement dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale.

Une attaque dictée par les impératifs du Médef

Cette nouvelle annonce fait notamment écho à la requête de la part du président du medef à la mi-octobre à ce qu’un contrôle systématique des médecins soit effectué après le 4e arrêt maladie prescrit pour un même salarié. Dans le viseur : les « médecins gros prescripteurs ».

Geoffroy Roux de Bézieux évoquait également la valorisation du « dispositif de la contre-visite médicale à l’initiative de l’employeur ». L’objectif pour le chef de file du patronat ? « Vérifier que les assurés sociaux respectent bien les heures de sortie autorisées, envoient leurs arrêts de travail dans le délai de 48 heures, etc. », et par ce biais réduire drastiquement le nombre d’interruptions de travail.

L’actuelle annonce du gouvernement avance clairement en ce sens, sans pour autant pouvoir se permettre une application d’emblée des propositions du Medef. Ce qui est mis en œuvre recouvre deux modifications de la loi. La première : permettre aux médecins de prescrire un temps partiel dès la première consultation, quand ceux-ci devaient au préalable avoir administré un congé à plein temps.

La seconde : numériser les arrêts maladie. Mettre fin aux arrêts maladie papier doit permettre de contrôler plus rapidement les salariés à leurs domicile. Selon le journal Les Échos, cette mesure permettra de « faire des statistiques et pour pouvoir émettre des recommandations de bonnes pratiques en direction des prescripteurs. Un axe que la ministre de la Santé entend nettement renforcer ».

En clair : renforcer la chasse aux arrêts maladie par l’intermédiaire des médecins qui seront eux-même beaucoup plus contrôlés, alors qu’ils sont déjà « harcelés » par la sécu selon le docteur Marcel Garrigou-Grandchamp dans le journal l’Express : « dès lors que leur taux d’arrêt est supérieur à la moyenne, ils sont convoqués ». Ceux-ci seront contraints de privilégier un maintien au travail à temps partiel, plutôt qu’un arrêt complet.

Une attaque considérable pour les salariés qui sont pointés du doigt par leurs hiérarchies et qui subissent des pressions par ces dernières. De plus, quand les postes à temps partiel pour cause de maladie ne sont tout bonnement pas supprimés par le patronat dans un soucis de gain de productivité, ce mi-temps thérapeutique implique une perte de salaire pour les salariés.

On s’imagine alors aisément les conséquences psychiques et physiques sur ces derniers. Alors qu’en juin, de nombreux médias titraient sur l’augmentation de plus en plus rapide du nombre d’arrêts maladie suite à la constatation d’une nouvelle hausse, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) alertait sur le fait que « Les deux principales causes d’arrêts de travail sont les troubles musculo-squelettiques et les syndromes dépressifs, provoqués par une pression accrue dans le monde du travail » dans un communiqué du 27 juin 2018.

Parmi les autres facteurs pointés par les professionnels de la santé : le vieillissement des salariés, chose qui ne devrait pas s’arranger avec la réforme des retraites promise par le gouvernement Macron.

En clair, face au constat amer mais objectif pointant le fait que le travail broie de plus en plus les vies des salariés, le gouvernement enfonce le clou, main dans la main avec le Medef pour réduire le nombre d’arrêts et donc contraindre les travailleurs à rester en poste et leur ôter le droit de se soigner.

Une annonce d’autant plus criminelle alors que se multiplient les suicides en entreprises, à l’image de ce qui se passe à la SNCF ou à la poste. Dans une telle situation, on ne peut que s’indigner sur le fait que les directions syndicales soient encore assises à la table des négociations concernant l’assurance-chômage, la réforme des retraites, et qu’elles aillent jusqu’à discuter avec ces mêmes organisations patronales les « conditions de vie au travail » des salariés.

Source : Révolution permanente

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