Sous l’effet du changement climatique, des régions entières du monde vont subir de plein fouet les conséquences du réchauffement global. Action contre la faim nous explique la situation.

Avant le dernier rapport alarmiste du GIEC, un rapport de l’ONU pointait en septembre la hausse, depuis la troisième année consécutive, du nombre de personnes souffrant ou mourant de faim.

Cette inversion de tendance, vers une progression de la sous-nutrition alors que celle-ci régressait depuis dix ans, est due à la multiplication des aléas climatiques, selon cinq agences onusiennes. Inondations et sécheresses sont autant d’écueils auxquels les populations vont faire face au fur et à mesure que le réchauffement global s’accélère.

L’année dernière, 821 millions de personnes dans le monde étaient en situation de manque chronique de nourriture contre 804 millions en 2016, soit une personne sur neuf sur la planète, estime le rapport annuel sur « L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde ». « Si nous ne redoublons pas d’efforts, nous risquons de manquer totalement l’objectif de l’élimination de la faim d’ici à 2030 », prescrite par les Objectifs de développement durable de l’ONU, s’inquiètent les agences onusiennes.

Sécheresse et variabilité du climat

Au sein de l’ONG Action contre la faim, la conscience du problème posé par le réchauffement global est particulièrement aiguë. Valentin Brochard, chargé du plaidoyer pour la sécurité alimentaire et les moyens d’existence, impute au réchauffement un « double impact » sur l’agriculture.

D’une part, expose-t-il, il va y avoir « une multiplication des phénomènes extrêmes, sécheresses et tsunamis qui ont doublé depuis le début des années 90 ». « La FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) considère que 80% des dégâts faits aux cultures sont liés à la sécheresse », rappelle-t-il.

D’autre part, une « variabilité climatique » va mettre à mal l’agriculture de pays où elle est déjà fragile. « Les pluies deviennent moins prévisibles et plus intenses », précise Valentin Brochard. « Dans la bande sahélienne, 80% de la population vit de l’agriculture. Or, il n’existe qu’une seule saison des pluies. Si elle intervient trop tard, les semailles risquent de pâtir du manque d’eau.

Et si elle a lieu trop tôt et qu’il pleut trop, les cultures peuvent pourrir. » Le même type de problème se pose pour « le pastoralisme transhumant qui fait vivre 30% de la population ». La difficulté pour les éleveurs devient alors de mener le bétail sur des terres où elles peuvent se nourrir. Tout cela, rappelle notre interlocuteur, sur « des sols à la base peu fertiles ».

Les conflits vont se multiplier

Il ne faudrait pas oublier « les impacts indirects » sur ces populations, argumente aussi le chargé du plaidoyer. En dehors de l’agriculture de subsistance, il faut noter « une volatilité des prix qui privent ces populations d’une partie de leur revenu annuel ».

En parallèle, ces difficultés liées au changement climatique attisent les tensions au sein des populations. « Pour chaque degré supplémentaire, les conflits entre personnes augmentent de 2,4% et les conflits entre groupes bondissent de 11,3% ». Cette réalité a aussi fait l’objet de rapports des instances onusiennes et de publications de l’Unesco.

Alors que faire face à la catastrophe annoncée? Changer de modèle d’agriculture, Sans doute, insiste Valentin Brochard, et s’inscrire dans un nouveau paradigme, vers plus de durabilité. Le cercle vicieux tient au fait que « nos modèles agricoles génèrent 21% de l’ensemble des gaz à effet de serre ». « Et 70% si l’on prend en compte toute la filière agroalimentaire. »

Avec l’effondrement de la biodiversité, la raréfaction des terres arables, le réchauffement global va entraîner une vague migratoire de l’ordre de « 250 millions de réfugiés climatiques d’ici 2050 ». « L’Europe ne sera pas le continent le plus touché. Mais il s’agit plus d’une question d’éthique que de migration. Ceux qui sont le plus touchés par les conséquences du réchauffement global, sont ceux qui y ont le moins contribué », rappelle Action contre la faim.

Source : BFM

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