Cette histoire de gilets jaunes est passionnante en termes économico-politiques.

Tout d’abord, les révolutions naissent des gamelles vides. Tant que les gamelles sont pleines, alors les gouvernants peuvent globalement gouverner et rapiner les peuples dans une paix relative. Lorsque les gamelles se vident, les lames des guillotines commencent à se faire nettement plus aiguisées et acérées. Il en fut évidemment ainsi de notre révolution de 1798, nettement plus liée à une histoire de pain et de brioche qu’à une idéologie de la république contre la royauté.

Il en fut ainsi en Chine, avec Mao. Il en fut ainsi en Russie, où la révolution russe de 1917 a tout à voir avec la misère, la faim et la disette et nettement moins avec l’idéologie. Après, il se trouve toujours quelques intellectuels plus ou moins dangereux ou éclairés pour réussir à mettre le grappin sur un mouvement. En Tunisie, très récemment, ce fut là encore une révolution de la misère. Les révolutions ne sont pas idéologiques. Elles naissent de la misère et meurent dans l’idéologie.

Revenons à cette histoire de prix du carburant.

Le président Macron, en disant qu’il assumait préférer taxer le carburant au travail, se trompe socialement lourdement tout en ayant raison économiquement, mais il s’agit-là d’une logique d’énarque. Je m’explique. Dans la logique mamamouchesque actuelle, l’idée est de faire basculer la fiscalité de l’entreprise à l’individu.

En gros, l’entreprise peut se délocaliser, puisque nous sommes dans un monde ouvert, alors que l’individu, lui, viscéralement attaché à sa ville, son quartier, sa rue et son immeuble, ne veut pas en partir. Alors, taxons celui qui reste, et défiscalisons celui qui menace de partir. C’est dans cette logique que s’exprime Macron quand il dit qu’il préfère taxer le carburant au travail.

Sauf que quand il ne taxe pas le travail (ce qui est bien), c’est un « cadeau » fiscal fait sous forme d’allègement de charges qui profite aux entreprises. Alors que quand on augmente le carburant, on réduit le pouvoir d’achat des gens qui, eux, travaillent, et plus généralement de ceux dont le salaire est compris entre 1 200 et 1 500 euros et qui habitent en province.

Un salaire qui ne dépasse plus les 1 500 euros !

Là où toute notre clique de mamamouchis se trompe lourdement, c’est qu’il y a un écueil terrible, ce que j’appelle le mur des 1 500 euros.

En province, l’essentiel des boulots est rémunéré entre 1 200 et 1 500 euros nets par mois, pour la simple et bonne raison qu’au-delà de 1 500 euros de salaires, les charges sur le travail explosent. En dessous, les abattements sont très importants et les charges, limitées à moins de 15 %.

Résultat, en dehors des bobos parisiens et des ingénieurs informaticiens des grandes villes, les salaires sont mornes dans notre pays. Pour les salaires faibles des grandes villes, les gens n’ont pas la même sensibilité à l’augmentation du carburant puisque, évidemment, l’offre de transport en commun permet une véritable alternative.

Dans les campagnes, il n’y a pas cela et il n’y aura pas cela. C’est impossible. Donc, il faut compter sur la voiture. L’augmentation de la fiscalité c’est entre 1 000 et 1 500 euros de plus chaque année de carburant…

Autant le dire.

Macron vient de retirer le 12e mois de salaire aux gens.
En faisant cela, ils ne comprennent pas, nos mamamouchis, la grogne.
Pourtant, elle est très simple.
Ils viennent de vider la gamelle.
Et il y a un autre théorème simple de Charles.

Gamelles vidées, têtes de mamamouchis coupées !

N’allez évidemment surtout pas raccourcir quelques têtes place de la bien nommée Concorde ! Mon théorème se base sur l’observation de l’histoire passée. Ce qu’il y a d’ailleurs d’extraordinaire, c’est que si notre place de la Concorde s’appelle ainsi, c’est justement parce qu’il n’y en avait aucune de concorde et nous avons raccourci beaucoup de têtes, des têtes de coupables, des têtes qui ne nous revenaient pas, des têtes qui dépassaient un peu trop, mais hélas, dans bien des cas, beaucoup de têtes d’innocents, quand bien même ils étaient des têtes de con…

Que voulez-vous, c’est ça le problème avec les révolutions. On sait où elles commencent, jamais où elles finissent. En fait, cette expression est fausse. Nous savons parfaitement où terminent les révolutions, ou plus précisément comment elles s’achèvent : par un bain de sang. En ce sens, il est important de rappeler l’indispensable distinction entre juste, indispensable et légitime protestation et révolution. C’est le gouvernement qui peut éviter la révolution.

Il appartient au gouvernement de revoir sa programmation fiscale en prenant en compte que taxer le carburant, c’est taxer le travailleur. En taxant le travailleur, on « désespère Billancourt » comme on disait autrefois chez les mamamouchis qui tremblaient devant les grèves potentielles des camarades.

Aujourd’hui, les camarades ne font plus trembler le pouvoir. Il est un danger autrement plus grand, celui d’un peuple auquel on fait des violences, or la dialectique présidentielle revêt une certaine forme de violence à l’égard du peuple. Beaucoup parlent de mépris, de condescendance. Ce n’est pas cela. C’est beaucoup plus grave.

C’est de la violence.

Une violence verbale de celui qui veut incarner une forme de pouvoir absolu contre son propre peuple.

Quand un pouvoir vide les gamelles, quand un pouvoir s’exprime avec violence à l’égard de son peuple, et quand ce même pouvoir ne peut pas tout à fait se permettre de faire tirer sur la foule de gilets jaunes équipés de bonnets rouges, il ne prend pas la voie « du juste milieu », mais celle périlleuse de la création des conditions de la révolution.

Comment casser le mouvement en 3 actes ?

Les raisonnements et stratégies mamamouchesques sont assez drôles à observer. Tout d’abord, les arguments crétins parce qu’on nous prend pour de sombres imbéciles. Nous avons eu droit à tout.

Ce mouvement est bon pour l’écologie… Hahahahahaha « l’icoulogie » !!! Elle a bon dos « l’icoulogie », on vire Hulot, on fait quelques EPR, et encore plus de nucléaire. Nos gros navires polluent plus que des milliers de bagnoles, on donne des permis pour forer les sols ou les sous-sols. Personne n’y croit, surtout qu’on importe tellement de trucs fabriqués à l’autre bout du monde, tout cela est absurde.

Comme ça ne marche pas, on nous sort le coup de moi aussi je suis un automobiliste. À ce jeu-là, la palme revient à Bruno Le Maire, dans le rôle du couillon de service, qui nous a expliqué doctement que lui aussi ,quand il fait le plein de sa Peugeot 5008, il paye plus cher … Hahahahahah, j’en ai rigolé toute la matinée. Mais à en pleurer.

Il est drôle le pote Bruno. Bon, d’abord, il fait pas beaucoup le plein de son 5008, vu qu’il a une voiture de fonction avec carte essence directement (pompée) branchée sur les sous des « con-tribuables ».

En plus Bruno, comme ministre, il gagne quelque chose comme 12 000 euros nets, et il ne paye pas vraiment la cantoche le midi ni n’a à préparer sa gamelle. Donc quand le plein augmente, il est indécent de sa part de vouloir faire croire qu’il souffre autant que nous avec nos 1 200 ou 1 500 balles nets par mois ! C’est une évidence.

Bon, comme ça ne marche pas non plus, le mouvement va être classé fasciste, de droite extrême, tendance nationaliste immonde, genre « zeures les plus sombres » machin toussa, toussa. On connaît. Instrumentalisation machin-bidule, blablablablabla…

Vu de mon coin de Normandie, je peux vous dire que cela ne va pas marcher non plus parce que les gilets jaunes, ils s’en foutent de l’idéologie. Ils ne sont ni de droite ni de gauche. Bien au contraire. Ils en ont juste totalement assez ou marre d’être pris pour des vaches à lait.

En augmentant le plein, le gouvernement vide les gamelles. La gamelle vide n’est ni de droite ni de gauche… elle est vide. Être vide n’est pas un état idéologique, c’est un état physique.

Alors… le gouvernement tente une approche pour calmer la fronde avant que la révolte qui gronde ne devienne une révolution et nous ressort cette histoire du chèque essence… Enfin, faudrait l’appeler le chèque diesel, hahahaha !

Bref, je t’augmente les taxes de 1 200 euros par an, je te fais un chèque de 200 pour te faire taire, et tu viens de perdre 1 000…

Je sais, nous, les sans-dents, on est pris pour des imbéciles par ceux du haut. Mais les sans-dents ont tous une grande qualité. Ils savent compter. Parce que quand les fins de mois sont difficiles, surtout les 30 derniers jours, il faut savoir compter.

Alors, il est fort probable que cela ne marche pas non plus.
Il y aurait bien une solution simple. Faire un moratoire sur la montée de la fiscalité. Prévenir les gens que la montée se fera sur 5 ans, qu’elle sera lissée, et qu’il… ne faut plus acheter de diesel. Gardez ceux que vous avez, et quand vous les changerez, ce sera par de l’essence (on parle de gestion en extinction).

Voilà un discours simple, compréhensible par tous, un discours qui ne vide pas les gamelles, qui protège l’environnement et permet une transition… et une transition, c’est censé être doux.

Sinon, ce n’est pas une transition, c’est une révolution, et je crois vous l’avoir dit, mais les révolutions se terminent mal… en général !

Récit de Charles Sannat (Économiste)

Source : Insolentiae

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